21

« Jamais nous ne capitulerons. Non, jamais.

Et si nous devons être détruits, nous emporterons avec nous un monde  – un monde en flammes. »

 

Adolf Hitler

 

« Je suis convaincu que seul le Sang pur permet les réalisations les plus grandes et les plus durables. »

 

Heinrich Himmler

 

Des esquilles de bois sautèrent au visage de Steadman et la douleur le sortit de sa transe. Toute son énergie lui revint en une fraction de seconde, et son instinct le fit aussitôt agir. Il se jeta au sol et resta immobile. Le hurlement surnaturel avait disparu, remplacé par le miaulement des détonations et les cris de douleur. Il vit le Dr Scheuer tressauter sous les impacts, et une balle lui fit exploser le poignet. La Lance tomba et le vieil homme s’écroula en vomissant un flot de sang. Son visage toucha le sol à moins d’un mètre de Steadman, et celui-ci vit que l’Allemand avait recouvré son visage ridé. Les traits d’Himmler avaient disparu, et plus aucune force n’émanait du regard déjà vitreux du mourant. Le corps était agité des spasmes de l’agonie.

La pluie de projectiles continuait, balayant la salle. Le détective tourna la tête et crut reconnaître le tireur sur le balcon. Mais non, ce ne pouvait être lui. L’homme avait le visage marqué et les cheveux blancs. Ses traits étaient déformés par la haine et sa bouche ouverte sur un cri inaudible à cause du tonnerre des détonations. Une silhouette apparut à côté du tireur, et Steadman cria son nom. Holly essaya de prendre le pistolet-mitrailleur à l’homme, mais celui-ci la repoussa d’une main et poursuivit le massacre. Il la vit fouiller la salle du regard et, quand elle le repéra, il sut que la peur qu’il lisait dans ses prunelles était pour lui. Les lèvres de la jeune femme formèrent son nom.

Une balle ricocha sur le sol à un centimètre de sa main, et il roula sous la table. D’autres s’y étaient déjà glissés, mais ils n’étaient que trois ou quatre. Il rampa vers l’autre extrémité, déterminé à ne pas laisser Gant s’échapper s’il n’avait pas déjà péri. Les corps des Thulistes jonchaient le sol, certains morts, d’autres blessés se tordant de douleur. Parmi les cadavres, Steadman identifia Griggs et Booth, Pope, le major général Cutbush, Talgholm, Ewing, Oakes. Il n’y avait eu aucune riposte, sans doute parce que les Thulistes n’étaient pas armés pour la cérémonie.

C’est alors que Steadman remarqua l’ombre mouvante derrière l’autel. Il la vit se glisser dans l’escalier menant à la porte en contrebas, et en une fraction de seconde reconnut le profil d’aigle d’Edward Gant.

Il roula sur lui-même et se redressa pour courir jusqu’à l’escalier où il se précipita.

Holly cria le nom de Steadman et tenta de se saisir du pistolet-mitrailleur.

L’agent du Mossad parut soudain émerger de sa transe, et il relâcha la détente. Il tituba un peu, l’air hébété. En bas, seuls les cris et les gémissements des blessés et des mourants emplissaient l’air. Une odeur de mort alourdissait l’atmosphère.

Baruch se raidit comme s’il recouvrait ses sens, et il pointa de nouveau l’arme vers les corps.

— Non, l’implora Holly. Laissez-les, je vous en prie !

Il la dévisagea sans comprendre.

— Nous devons empêcher le lancement du missile, dit-elle en lui prenant le visage entre les deux mains et en le forçant à la regarder. Le missile va bientôt être tiré, Baruch ! Il faut les en empêcher !

Une soudaine tristesse assombrit le visage de l’Israélien. Il se dégagea des mains de la jeune femme et contempla le massacre dont il était l’auteur. Mais quand il se tourna de nouveau vers elle son regard était redevenu dur et Holly comprit que sa tristesse n’était pas pour ceux qu’il venait de tuer.

— Combien... de temps...

Elle devina ce qu’il voulait dire et jeta un coup d’œil à sa montre.

— Il est trop tard, murmura-t-elle, brusquement découragée. Il ne reste plus que quatre minutes.

Il agrippa son bras.

— Où est le... site de lancement ? Où ?

Malgré sa faiblesse, il accentua la pression de ses doigts.

— Près de la falaise. Mais il est trop tard. Jamais nous n’arriverons à temps.

— Les hélicoptères...

Elle comprit instantanément.

— Vous savez piloter ?

Il acquiesça, puis s’appuya à la rambarde du balcon pour ne pas perdre l’équilibre.

— Il faut y aller. Vite, murmura-t-il.

Holly glissa une épaule sous son aisselle et le ceintura d’un bras pour le supporter.

— Donnez-moi le pistolet-mitrailleur, dit-elle.

Il obéit sans aucune réticence et ils descendirent l’escalier tant bien que mal, la jeune femme le supportant en bonne partie. Elle espérait qu’aucun Thuliste ne tenterait de les arrêter. Elle détestait tuer.

Une fois encore, elle appela Steadman, mais il n’y eut pas de réponse. Elle l’avait vu disparaître dans le petit escalier à l’autre bout de la pièce. Il n’aurait pas abandonné l’abri de la table s’il n’avait poursuivi quelqu’un, mais qui ? Elle aurait voulu le rejoindre mais l’escalier menait au sous-sol, pas à l’extérieur, et sa priorité était de tout faire pour que l’avion du vice-Président ne soit pas abattu par le missile.

— Par ici, dit-elle en désignant une porte massive du canon de l’arme. Ça doit ouvrir vers l’arrière de la maison. Du moins je l’espère.

 

Le pilote et les deux gardes qui patrouillaient à l’extérieur de la maison s’entre-regardèrent nerveusement. Ils avaient entendu la fusillade et couraient vers la porte d’entrée quand un autre son les arrêta, venant de l’est et s’amplifiant rapidement. Ils se tournèrent dans cette direction et ce qu’ils virent les figea sur place. Un des deux gardes jura sourdement.

Quatre hélicoptères lourds approchaient dans la nuit, les projecteurs braqués vers le sol. Les appareils longeaient rapidement les limites de la propriété en déversant ce qui ressemblait à de petites bombes. Des fumées blanchâtres montèrent du sol, et ils comprirent qu’il s’agissait de gaz. Soudain des lumières apparurent sur la route menant à l’entrée de la propriété. Une colonne de véhicules fonçait vers la maison.

— C’est l’armée ! s’écria le pilote, effaré. L’armée nous attaque !

Alors même qu’il parlait, un des hélicoptères vira vers eux et vint se poser une centaine de mètres. Des silhouettes en surgirent et se déployèrent rapidement. Des détonations déchirèrent la nuit.

— Je me tire d’ici ! lança le pilote en se mettant à courir vers son appareil tout proche.

Les deux gardes n’hésitèrent que quelques secondes avant de l’imiter.

— Attends-nous ! hurla le plus rapide.

Le pilote se glissa aux commandes et mit le rotor en marche. Par chance il s’était posé peu de temps auparavant avec le major général Cutbush, et le moteur était encore assez chaud pour qu’il puisse décoller sans délai.

Les deux gardes le rejoignaient quand la porte de la maison s’ouvrit. Holly Miles et Baruch Kanaan sortirent en titubant.

A la lueur de la lune, la jeune femme saisit la scène du premier coup d’œil et comprit son avantage. Les deux gardes lui tournaient le dos et le pilote était occupé à préparer le décollage de la Gazelle.

Elle se dégagea du bras de Baruch et releva le pistolet-mitrailleur.

— Stop ! hurla-t-elle.

Les deux gardes s’arrêtèrent et firent volte-face. Celui de gauche tomba un genou à terre, son arme braquée vers la porte dans la position du tireur.

A regret Holly pressa la détente. La rafale rejeta l’homme en arrière. Son compagnon lâcha son pistolet-mitrailleur et, en s’enfuyant, cria de ne pas tirer. Holly le laissa disparaître.

Dans le cockpit, le pilote augmentait la vitesse de rotation des pales jusqu’au maximum, et l’engin vibrait, prêt à quitter le sol. Holly lui cria de couper les gaz mais il n’entendait rien. Dans quelques secondes, si elle ne faisait rien, la Gazelle quitterait le sol. Elle jura, passa le cliquet de tir de « Rafale » à « Coup-sur-coup » et visa soigneusement la silhouette assise. Il n’était pas question d’endommager l’appareil.

La balle tua l’homme instantanément, et il tomba lourdement hors de son siège et de l’hélicoptère.

— Vite ! dit-elle en revenant vers Baruch. Nous n’avons plus beaucoup de temps.

L’Israélien inspira à fond et repoussa la main qu’elle tendait.

— J’y arriverai seul, maugréa-t-il.

D’un pas raide mais décidé il se mit à avancer vers l’hélicoptère. Alors qu’il se hissait à la place du pilote et qu’elle l’attendait, déjà installée, elle jura silencieusement. D’après sa montre, il ne restait plus que trente secondes. Jamais ils ne parviendraient à stopper le missile.

La lance
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